La journée d'un scrutateur.
Le soir venait. La « délégation du bureau » continuait sa
ronde à travers les salles, des salles de femmes à présent.
À les faire voter dans leur lit, avec ce paravent qu'il fallait
déplacer chaque fois, on n'en finissait pas. Les vieilles
malades mettaient parfois dix minutes, un quart d'heure.
- Vous avez fini, madame ? Nous venons ?
La malheureuse, derrière son paravent, pouvait
tout aussi bien être en train d'agoniser.
- Vous avez fermé l'enveloppe ? Oui ?
On repliait le paravent; le bulletin était encore là,
ouvert, blanc, ou bien taché, ou bien couvert de gribouillis.
Amerigo se montrait vigilant. La malade devait rester seule,
le prétexte d'une mauvaise vue ou de mains gourdes
ne prenait plus, désormais, il n'était plus question de laisser
une soeur remplir le bulletin ; Amerigo était inflexible :
si l'électeur ne s'en tirait pas tout seul,
tant pis ; il ne voterait pas.
ronde à travers les salles, des salles de femmes à présent.
À les faire voter dans leur lit, avec ce paravent qu'il fallait
déplacer chaque fois, on n'en finissait pas. Les vieilles
malades mettaient parfois dix minutes, un quart d'heure.
- Vous avez fini, madame ? Nous venons ?
La malheureuse, derrière son paravent, pouvait
tout aussi bien être en train d'agoniser.
- Vous avez fermé l'enveloppe ? Oui ?
On repliait le paravent; le bulletin était encore là,
ouvert, blanc, ou bien taché, ou bien couvert de gribouillis.
Amerigo se montrait vigilant. La malade devait rester seule,
le prétexte d'une mauvaise vue ou de mains gourdes
ne prenait plus, désormais, il n'était plus question de laisser
une soeur remplir le bulletin ; Amerigo était inflexible :
si l'électeur ne s'en tirait pas tout seul,
tant pis ; il ne voterait pas.
Italo calvino dans La journée d'un scrutateur
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